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Lavoir GelotLormont au fil de l'eau
De l'abondance à la rareté

Igor Pavlata


Plan de Lormont

Ce texte est une compilation de plusieurs articles parus dans la Revue des Amis du Vieux Lormont

I – Les Lormontais et leurs sources

Nous ne ferons pas de distinction entre les sources « sauvages », où l’eau sort de terre sans que l’homme, par son industrie en ait modifié l’aspect, et les sources transformées en fontaines par la construction d’un décor et la mise en place de tuyauterie.
Après la berge de la rivière, les sources sont les points d’approvisionnement en eau les plus anciens, les plus naturels. Leur aspect naturel et spontané pourrait laisser penser que leur accès a toujours été libre et gratuit. La lecture des différents documents qui nous ont permis de rédiger cet article nous a amené à constater, à notre grand étonnement, que l’accès aux sources était généralement payant. En effet, sans que l’on puisse dater précisément les faits, nous savons que certaines de ces sources ont été des propriétés privées, leur eau faisant l’objet d’un commerce. Heureusement notre territoire présentait une abondance qui le mettait à l’abri des conflits d’accès semblables à ceux que Pagnol met en scène dans Manon des sources. À travers les témoignages des anciens et grâce aux notes extraites des archives municipales de Lormont sur la période 1833 – 1982, on voit surgir sous nos pas un nombre important de sources dispersées sur le petit territoire (moins de 8 km2) de notre commune. Beaucoup ont aujourd’hui disparu, mais nous allons essayer d’évoquer les plus connues, sans toutefois prétendre à l’exhaustivité.

En fonction de l’origine géologique de leurs eaux, ces sources semblent se rattacher schématiquement à deux groupes : la nappe profonde dite oligocène, qui circule dans le calcaire à astéries, et les nappes de surface, qui véhiculent des eaux « jeunes » moins minéralisées.

1) Les sources de l’oligocène :

Avant l’ouverture de la carrière des cimentiers Poliet et Chausson en 1930, dans la falaise de Rouffiac, quelques unes de ces sources se déversaient le long de la façade fluviale, là où la couche de calcaire à astéries est brusquement interrompue par le travail de sape de la Garonne qui ouvre là, depuis le tertiaire, son immense estuaire. Plusieurs d’entre elles, compte tenu de leur situation géographique, ont fourni l’eau potable des navires, avant le départ vers la haute mer :

• La source des Garosses alimente aujourd’hui le lavoir Blanchereau, dans la rue du Général de Gaulle. Elle a servi à la mise en place du premier réseau d’eau potable. En 1870 cette source produisait 3500 litres/heure. Malgré une perte très importante de débit causée par l’ouverture de la carrière, qui a interrompu le chemin de l’eau, elle coule encore et reste aujourd’hui la plus importante dans notre mémoire collective. Son eau alimente le ruisseau des Garosses. Elle est attestée depuis le XIIIe siècle (sa présence est signalée dans les censiers de l’archevêque) mais se trouve là de façon immémoriale. Elle apparaît privée au XIXe siècle.

• La source de l'Hermitage, , située sur le quai Numa Sensine, en contrebas de l’Hermitage Sainte- Catherine, établissement religieux relevant de l’ordre des Carmes, installé là depuis le XVe siècle. La source aujourd’hui disparue, tarie par la carrière, était le premier lieu d’approvisionnement des marins qui la payaient aux ermites.
Cette façade fluviale, qui comprend aujourd’hui les quais Numa Sensine et Elisabeth Dupeyron, possédait probablement d’autres sources privées ou publiques. En 1848, Mr Maillard aubergiste signale une source au sud de sa maison, sur le quai Rouffiac (E.Dupeyron). La même année Mr Meric  signale la présence d’une source à l’est du domaine de Bel Air. Peut-être s’agit-il de la même chose ?

• Les sources de Lissandre qui alimentaient encore, il y a encore quelques dizaines d’années, les cressonnières au fond du vallon de Lissandre. Du cresson ne restent que quelques pieds sauvages qui tapissent les fossés de drainage du talus SNCF. Mais l’eau court toujours, claire et abondante. Elle sort du tunnel de chemin de fer qui lui sert d’immense décor. Elle coule également dans certains des jardins de la rue Martin. Il suffit de soulever une pierre de couverture pour la voir et l’entendre. Ces sources ont été utilisées au début du XXe siècle pour alimenter le réseau du quartier de Lissandre.

• La source du quai Carriet, située derrière les ateliers municipaux, au-dessus de la rue de Mireport. En fait de source, il s’agissait en réalité d’une fontaine monumentale aujourd’hui disparue, mais dont il existe encore des photos.

• La fontaine Baron : il s'agit de la jolie construction de style classique (entre XVIe et XVIIe) incluse dans le mur de soutènement de la propriété Baron. L'ouvrage, récemment rénové, n'est plus qu'un beau décor, depuis que l'eau s'est tue. Mais d'où venait cette eau ? Peut-être suivait-elle la canalisation qui alimentait alors le lavoir de Mr Chaigneau, avant son démontage ?

Fontaine Baron

Fontaine Baron © FBG

• Les sources du Parc de l'Hermitage: il s’agit là de sources jeunes et provoquées par l’industrie de l’homme. Lorsque, dans les années 1930, la carrière des cimentiers Poliet et Chausson a commencé à grignoter la colline de Rouffiac, en allant du sud vers le nord, la falaise a reculé, emmenant avec elle les sources qui la ponctuaient de loin en loin. Aujourd’hui l’exploitation a cessé depuis plus de 20 ans. Le front de taille s’est arrêté à une centaine de mètres du village et la nature a repris ses droits. L’eau qui continue de percoler dans le calcaire à astéries, sur la couche de marne, ne peut plus rejoindre la façade fluviale, son chemin ayant été interrompu. Elle se déverse donc depuis un demi-siècle , créant ainsi la zone humide qui tapisse le fond nord du Parc. Ces sources sont aujourd’hui invisibles, noyées sous la végétation qui rend leur localisation très difficile. Mais, il y a environ trente ans, elles apparaissaient encore à flanc de talus, à quelques mètres de l'étang. 

Parc de l'Hermitage

Parc de l'Hermitage © FBG

2) Les sources de surface :

• La source du Pinpin : le Pinpin étant le ruisseau qui dévale le vallon. Il s'agit donc de la source de ce ruisseau. La position originelle de cette source nous est inconnue aujourd'hui. Certains d'entre nous estiment qu'il s'agit, en fait de la source des Bœufs. À y regarder de plus près il est fort possible qu'une petite partie des eaux du Pinpin venait de plus haut, du secteur des Joualles, en suivant le talweg, aujourd'hui enseveli sous les remblais, qui passait sous le lotissement Saint-Valentin (ancienne propriété Pelissier-Lhermitte). Une canalisation de béton est encore visible dans l'angle du terrain. Les eaux du Pinpin y coulent peut-être, mêlées aux eaux usées.

• La source des Bœufs (parfois appelée du Pas des bœufs). Située jadis à l'angle du chemin du Rouquey et du Pinpin, elle a aujourd'hui disparu, diminuée sûrement par l'ouverture de la carrière et les mouvements de terre. Elle est considérée par certains comme la véritable source du Pinpin.
Son débit a toujours été très modeste. Le rapport du 1er mai 1875 signale qu'il ne suffit pas aux besoins de la propriété dont dépend la source (le domaine de l'Enseigne). Mais, malgré sa modestie, la source des Bœufs fut au XIXe siècle l'objet et le théâtre d'un conflit juridique entre trois protagonistes qui se la disputaient :
- Mr Jean Bichon, maire de Lormont. La commune possède le lavoir du Pinpin alimenté par le ruisseau.
- Mr Chaigneau, propriétaire d'un lavoir privé, en amont de celui de la commune et du terrain traversé par le ruisseau du Pinpin. Mr Chaigneau va détourner le ruisseau à son profit pour alimenter son lavoir.
- Mr Bermond qui achète à Mr Dardenne le domaine de l'Enseigne mais semble avoir en même temps, cédé l'usage de la fontaine des Bœufs à la commune.
Les avocats des trois parties fouillent alors les archives du XVIIIe siècle pour y trouver les usages en vigueur, et prouver leur droit d'usage ou de propriété. Ce conflit va alors encombrer les prétoires pendant une bonne vingtaine d'années. Un de ces procès fleuves, comme savaient les nourrir nos ancêtres dans ces campagnes que l'on dit paisibles, et qui rappellent que la vie n'était pas faite que de miel dans nos chemins creux ! Mais l'histoire de cette guerre picrocholine, trop longue pour figurer dans le cadre de ce sujet, vous sera contée dans un prochain numéro de notre revue.

• La source située dans la propriété de Melle Montagne du Saget en 1726, au dessus du Gua, entre le moulin de l'Archevêque et la villa Sans Souci.

• La font Videau située à l'arrière de l'hôtel Fontbelleau, au-dessus du Gua. Cette source alimentait un petit étang, avant de se déverser dans le Gua.

• L'étang des Gravières situé sur l'emplacement de l'actuel hypermarché Carrefour. S'il ne s'agit pas à proprement parler de source, cet étang traduisait bien la présence d'une nappe de surface abondante.

• Une source mal identifiée semble avoir existé à la hauteur de la place du 8 Mai 1945. Un réseau existe toujours sous les maisons de la rue du général de Gaulle, mais il sec et obstrué. Des explorations ont été tentées, sans succès.

• Les sources troglodytes : sous cette appellation surprenante nous désignerons un système de récupération d'eau qui nous a été signalé récemment dans une des maisons du quai Numa Sensine appuyées au rocher. Un système ingénieux de rigoles taillées dans la roche gorgée d'eau permettait, en assainissant la maison, de drainer l'eau de ruissellement et, peut-être de la consommer.

II – Les puits

Avec le puits nous quittons la forme naturelle d’accès à l’eau, que nous pouvons qualifier de démocratique, puisqu’elle ne nécessite pas d’équipement particulier et,  pour une partie d’entre elles, pas de paiement d’un droit.  Par contre les puits sont des équipements qui nécessitent un savoir faire et des moyens financiers importants, puisque l’eau se trouve à plusieurs dizaines de mètres, parfois à 60. À l’exception des rares puits publics, ils sont établis à l’intérieur des terrains privés et seuls leurs propriétaires en ont le libre accès. Ces équipements évitent aux utilisateurs de nombreux aller et retour à la source. Ils font gagner du temps et constituent un important élément de confort.
La partie basse du village avait bien sûr moins besoin de puits, puisqu’elle était bien pourvue en sources. La construction de ces puits n’a donc concerné que la partie haute du village, posée sur les 30 à 60 mètres de calcaire qui la séparent de la nappe phréatique.
Certains de ces puits sont très anciens et témoignent d’une occupation historique du territoire.

Puits gallo-romain : le plus ancien connu se trouve dans le Parc de l’Hermitage. Il constituait le point d’eau de la villa gallo-romaine, détruite au IIIe siècle après J-C., d’un certain Burdigalien romanisé nommé Ruffius qui a donné son nom au tertre de Rouffiac. Le sommet du puits a disparu avec la pierre de la carrière et ce qui en reste a été mis en sécurité. Il n’est plus visible aujourd’hui.

Puits médiéval : le puits du château du Prince Noir est toujours visible dans la cour d’honneur, masqué par la gloriette qu’il a reçu en guise de coiffe, au milieu du XIXe siècle. Ce puits remonte à la construction du château. N’oublions pas que, pendant les conflits dont ce château a été le siège pendant le Moyen-Âge et les guerres de la Fronde, la sécurité de l’approvisionnement en eau conditionnait la résistance des assiégés. Ce puits renferme encore une énigme non résolue : les fouilles qui ont été réalisées par les AVL voici plus de vingt ans ont permis d’apercevoir au fond du puits le départ de ce qui semble être un boyau taillé pour l’homme. Menait-il vers une des carrières qui grignotaient la colline , était-ce un de ces légendaires tunnels qui accompagnent tout château qui se respecte ? Celui-ci mènerait alors, suivant la tradition locale, vers l’église Saint-Martin. Voilà assurément un sujet qui reste à fouiller…mais ceci est une autre histoire.

Gloriette

Gloriette du Château du Prince Noir © FBG

Puits des maisons aristocratiques et bourgeoises : pour des raisons qui ne relèvent plus de la sécurité mais du confort et de la rentabilité économique, tous les châteaux et maisons bourgeoises construits sur le plateau, hors de la sauveté, possèdent un puits : château Lacroix, maison de Fingues, château des Places, château de l’Hermitage, chalet Valvert…Certains sont encore visibles dans les propriétés restées privées et présentent parfois des sculptures intéressantes, en particulier ceux des XVIIe et XVIIIe siècles. Pour des raisons de sécurité ou des besoins de place, les puits situés dans les propriétés devenues publiques ont été supprimés.

Puits privés modernes : il s’agit des nombreux puits qui équipent les maisons construites entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. On en retrouve encore une bonne dizaine, dispersés dans une grande partie des jardins situés entre la route de Bordeaux et la rue de la Camarde. Ils sont parfois partagés entre deux propriétaires riverains et situés sur la limite de propriété.

Puits publics : tous les Lormontais n'avaient pas la chance de posséder ou de pouvoir accéder à un puits privé. De plus, si la partie basse du village bénéficiait d'une eau abondante et parfois gratuite, grâce à la présence des sources, la partie haute était tributaire des puits. Seules les archives municipales gardent la trace de ces ouvrages aujourd'hui disparus, comblés, qui seront, semble-t'il, tous équipés d'une pompe à main.
- un puits au carrefour de la Croix, aujourd'hui place Auberny.
- un puits derrière l'école, aujourd'hui place du 8 mai 1945.
L'un de ces deux ouvrages doit répondre à la pétition datée du 20 juillet 1847, par laquelle six citoyens, qui habitent le haut de la rue du Port, se disent « privés d'eau courante et potable » et réclament l'ouverture d'un puits.
- un puits sur la place du port.
Autour du puits, les nouvelles s'échangeaient, les potins circulaient. Avec les bistrots, territoire des hommes, et les lavoirs, celui des femmes, ils constituaient le lieu de rencontre le plus fréquenté du village. Les liens s'y créaient, les réputations s'y faisaient…ou s'y défaisaient.

III – Les lavoirs

Avec les lavoirs, nous abordons une activité artisanale. Certes le linge a été lavé à Lormont avant la construction des premiers lavoirs maçonnés, au fil de l’eau. On lavait aux fontaines, et les ruisseaux comme le Pinpin ou le Gua pouvaient accueillir une planche posée sur la berge, comme dans tous les petits villages de France qui ont la chance de posséder un ruisseau sur leur territoire. Mais nous nous intéresserons ici uniquement aux lavoirs bâtis qui ont existé sur le territoire de Lormont, et dont une grande partie est encore visible. À quelques exceptions près, que nous citerons, ces équipements étaient publics.
Il est fort probable que certains de ces équipements sont plus anciens, en particulier deux d’entre eux, mais nous ne possédons sur le sujet aucune information antérieure au XIXe siècle. Tout au long de ce siècle, en particulier pendant la deuxième moitié, une campagne  de construction semble avoir précédé, puis accompagné, cette nouvelle préoccupation hygiéniste  que nous retrouverons plus loin. La loi du 3 février 1851 destinée à encourager la construction des lavoirs n’y est peut-être pas étrangère. Cette loi imposait à toutes les communes de France la construction de lavoirs, et accompagnait cette obligation d’une aide financière. Nos édicules semblent bien s’intégrer dans cette vague nationale de construction, qui accompagnait l’expansion l’économique débridée du Second Empire, cette dernière se doublant d’une lutte contre les épidémies.

Lormont a donc possédé jusqu’à huit lavoirs, dont cinq ont survécu. Ce chiffre est important quand on le ramène à la population de l’époque : 4000 habitants environ au début du XXe siècle. Un lavoir pour 500 habitants. Pour nous suivre dans cette voie, notre grande sœur Bordeaux aurait dû en construire 300 pendant le XIXe siècle. Nous n’avons pas le dénombrement de ces lavoirs bordelais, mais il est frappant de constater que le seul connu aujourd’hui est celui de Martin-Videau, construit sur un terrain qui fut lormontais jusqu’en 1865.

Pour les lavoirs comme pour les sources, et avec encore plus de force, nous constatons une « privatisation » de l’ensemble des équipements. Dès leur acquisition ou leur construction, ces équipements sont concédés à des entrepreneurs privés. Au cours d’une vente aux enchères, dite à la bougie (trois feux successifs vont s’éteindre jusqu’à la fixation du prix) le bail des lavoirs communaux est affermé pour trois ans. Cette situation peut être rapprochée de la situation actuellle, puisque la Société Lyonnaise des Eaux ou Véolia sont encore des compagnies fermières. Bref, pour laver son linge, ou celui des autres, dans un des lavoirs de la commune, il fallait payer.  Le premier bail de trois ans apparaît en 1839 pour les deux premiers équipements de la commune : le lavoir Blanchereau et celui du Pinpin (qui n’est pas encore le lavoir Gelot). Les baux vont se succéder tout au long du XIXe siècle, en englobant les nouvelles constructions. L’accès ne deviendra gratuit qu’au début du XXe siècle.

Peut-on dire qu’il s’agissait, avant la lettre, d’une délégation de service public ? Rien n’est moins sûr. Il faudra relire les délibérations correspondantes pour comprendre les préoccupations qui ont guidé le Maire et les conseils municipaux.
Ces dames (car les hommes étaient interdits en ces lieux, se contentant de faire les frais…de la conversation) vont donc payer le fermier (contrat annuel souvent) et occuper les lieux pendant presque un siècle. Elles vont laver pour leur famille et très probablement (nous manquons de sources à ce sujet) travailler à la commande pour des familles bourgeoises des environs, en particulier de Bordeaux.  Une mini-société féminine, surnommée ironiquement « le Parlement « va donc se créer dans ces lieux de vie, avec ses règles et ses coutumes. Et ne croyez pas, Mesdames, qu’il s’agissait là d’une démocratie où tout se règle avec un sourire et où les petites nouvelles sont accueillies avec des fleurs. Les témoignages oraux nous disent souvent le contraire. Les places autour du bassin sont attribuées en fonction de l’ancienneté et, peut-être (mais là aussi l’Histoire est muette) de la puissance vocale et du vocabulaire des candidates. Les places les moins intéressantes sont situées près de la sortie de l’eau (qui sort sale). Elles étaient attribuées aux nouvelles qui pouvaient espérer, par leur ancienneté et leur personnalité se rapprocher de l’entrée, donc de l’eau propre. De plus, le lavoir Blanchereau possède une particularité : en bas de l’escalier, on peut installer un trépied et faire du feu pour obtenir, en hiver, une eau moins froide. Cette faculté augmentait encore l’intérêt de cette place. Ah l’incoercible besoin qu’ont les hommes de recréer, où qu’ils soient, une hiérarchie calquée sur le monde des puissants !
Tous les lavoirs de notre commune sont des lavoirs « debout », par opposition aux lavoirs au fil de l’eau, qui obligeaient les laveuses (ou lavandières) à travailler à genoux. Un vrai calvaire. Dans certaines communes françaises, certaines des nouvelles construction dues à la loi de 1851 étaient équipées de margelles basses…jusqu’à ce que les protestations de ces dames les fassent relever pour pouvoir travailler debout. Souvenons-nous que, outre le travail éreintant du lavage, les lavandières devaient apporter le linge sale au lavoir et surtout le ramener mouillé à la maison pour le faire sécher. Les draps de lin étaient très lourds, et le lavoir bien loin et parfois bien bas.
Mais voyons en détail nos lavoirs.

1) Les lavoirs privés :

Pour posséder un lavoir, il fallait bénéficier d'un approvisionnement continu en eau. Posséder une source sur son terrain était donc la meilleure solution. Peu avaient cette chance.

- Nous connaissons le lavoir de Mr Chaigneau, dont nous avons parlé au sujet de la source des Bœufs. Après avoir été l'objet d'un contentieux avec la commune de Lormont, il finira par être vendu à la commune pour 3000 francs en 1859 ou 1960. C'est cet équipement qui est désigné sous le nom de lavoir Gélot. Parallèlement la commune vend son propre lavoir à Mr Chaigneau, qui le démolira. Il semblerait, en outre, qu'il y ait eu échange de matériaux.

- Lavoir situé dans une maison située au bas de la rue du Port (Général de Gaulle). Ce charmant petit ouvrage se trouve en-dessous du niveau du sol actuel du salon. Il faut descendre quelques marches pour y accéder. Il est probable que le bassin repose sur un sol plus ancien que la maison, dans le lit du vallon. La maison qui, par son style, semble avoir été construite entre le 1er Empire et la Période Louis-Philippe aurait donc englobé un ouvrage plus ancien. La décision qui a été prise alors de le conserver est pour le moins originale.

2) Les lavoirs publics :

Lavoirs conservés :

• Lavoir Blanchereau (ou des Garosses), rue du Général de Gaulle

Lavoir Blanchereau lavoir Blanchereau

Lavoir Blanchereau © Ch.Cayla

Peut-être le plus ancien de la commune, selon certains qui le font remonter au-delà du XVIIe siècle. Sans aucun doute le plus emblématique et le plus représentatif de cette activité. Il est probable que c’est cet équipement qui est acheté, avec la fontaine des Garosses, à Mr Videau par délibération du Conseil Municipal du 15 février 1835. Lorsque la commune établira la première taxe sur les fontaines et lavoirs en 1836, c’est celui de Blanchereau qui la subira le premier. Affaire qui attirera les foudres de neufs administrés qui ne comptent pas payer cette taxe, puisqu’ils ont un puits personnel. Cette taxe sera suivie par la mise en fermage. Comme le lavoir privé situé en aval, cette construction est établie dans le talweg du vallon, pour pouvoir recevoir les eaux de la source. Dans cette hypothèse les maisons qui le dominent ont été construites après. Sa situation au fond d’un véritable puits donne au lieu une sensation de grande fraîcheur accentuée par la présence de la source. Par contre le départ obscur du tunnel qui évacue le trop plein vers la rivière intrigue toujours les visiteurs. Avant qu’il soit grillagé, certains garnements l’utilisaient pour effrayer ces dames en plein labeur en surgissant à l’improviste du trou noir.
Il ne suffisait pas à cette enceinte d’être le temple de la propreté, elle a gagné le surnom de « Parlement ». Les débats devaient y être animés, mais de là à faire la loi, rien n’est moins sûr.

• Lavoir Gelot (ou du Pimpin), place Gelot, construit en 1853.
Alors que la technique d’assemblage des pierres de margelle la plus classique, et la plus utilisée à Lormont, reste l’agrafe en fer sertie au plomb, ici nous observons et nous admirons un assemblage à queue d’aronde, plus habituelle en menuiserie qu’en maçonnerie. Ce type d’assemblage a dû demander un travail considérable aux artisans et semble indiquer pour le bassin une origine antérieure au XIXe siècle. Il peut provenir de l’ancien lavoir que la commune possédait sous les remblais du tunnel, et qu’elle a démonté en 1853. Nous n’en connaissons pas d’autre exemple.
L’alimentation provient d’un forage réalisé dans le vallon du Pinpin, 110 mètres au-dessus (près de la rue du Chalet), pour suppléer l’eau de la fontaine des Bœufs, devenue sujet de conflit. Le fond du puits domine de 1,80 mètres la fontaine du lavoir. 

Lavoir Gelot 1 Lavoir Gelot 2

Lavoir Gelot - Photos prises en 2004 avant les travaux de restauration © FBG

• Lavoir de Lissandre, chemin Sourbès.
Construit au début du XXe siècle, il était alimenté par une des sources sortant du tunnel. Ce lavoir a été récemment restauré et le bassin a été remplacé par un miroir d’eau.

Lavoir de Lissandre

Lavoir de Lissandre © FBG

• Lavoir de la République , rue de la République, construit en 1909.
• Lavoir Carriet

Situé sur le quai Carriet, il est peu connu. Très modeste bâtiment situé au bord du trottoir, il faut ralentir le pas pour le remarquer. La construction a été décidée en conseil municipal le 25 mai 1884. Le bâtiment est adossé à la roche et l’eau qui alimente ce lavoir provient d’une source située au-dessus du bâtiment.

Lavoir Carriet

Lavoir quai Carriet © FBG

Lavoirs disparus ou sortis du patrimoine :

• Rouffiac ou Barbotin (quai Numa Sensine, anciennement Rouffiac)
Construit en 1881 par Mr Vedrenne. Alimenté par une source située à l’arrière, sur le terrain des chemins de fer de «  Paris à Orléans ». Cette source a été tarie par la carrière.

Martin Videau
Situé aujourd’hui sur le territoire de Bordeaux

Moulin des Archevêques(au fil du Gua)
C’est le seul exemple dans notre commune de lavoir au fil de l’eau. Il n’en reste quasiment plus rien aujourd’hui. Il y encore quelques années, seules les ronces se souvenaient qu’il y avait là un moulin et un lavoir. Un document signale sa construction ou sa restauration en 1935.

Nous savons que si le XIXe siècle fut une époque dure sur le plan humain et politique, celle-ci fut extrêmement fertile sur le plan de l'urbanisme et des équipements collectifs. Lormont n'a pas échappé à la règle, et la gestion de l'eau dans la commune en constitue un exemple frappant, résumant à lui seul la naissance de l'idée de service public.

Avec la précieuse collaboration de :
Nicole Archambaud
Danièle et Christian Cayla
Gérard Gsell
Fabienne Brotschi
Alain Lafon
Claude Précigout

Photos de Christian Cayla et Francine Besson-Gramontain


Bibliographie