Secteur n° 10

Haut-Aragon

Note de synthèse

Yespola

Farasdoes

Lecina

Poyuela-Alquezar

Ceresola

pression du miel

Canicheto

taille du pielo

Bellara

Etendu sur plus de 200 km au sud de la chaîne pyrénéenne, ce secteur occupe toute la partie nord de la province d’Aragon et se prolonge en partie à l ’ouest dans la province de Navarre et à l ’est dans le nord de la  Catalogne. Il recouvre complètement les anciennes provinces de Serrablo, du Sobrarbe et de Ribagorça, territoires difficiles d’accès connus depuis l’antiquité pour leur rôle de régions refuges. Au sud, il ne s’étend pas au delà des massifs pré- pyrénéens mais englobe complètement les sierras catalanes de Monsec et de Cadi.

Très curieusement , il s'agit toujours de ruches horizontales appelée localement arna et à l'encontre des autres secteurs où l'usage de la ruche verticale se conjugue à celui de la ruche horizontale, on ne rencontre pratiquement jamais de vasos, ces ruches verticales très répandues dans la province d'Aragon.
Cette ruche horizontale est toujours un cylindre en vannerie légèrement tronconique, long de 90 à 98 cm, fermé à ses deux extrémités par un opercule qui est le plus souvent une pierre plate taillée à la main. Les diamètres de ces opercules, les piellos, varient de 18 à 22 cm pour l'ouverture extérieure, et de 24 à 28 cm pour l'extrémité intérieure. La vannerie faite de lames de roseaux tressées autour de 9 baguettes d'osier est toujours enduite d'une épaisse couche d'enduit universel, c'es- à-dire d'un pourget d'argile mêlée de bouse de vache. Ce mélange jouit depuis l'antiquité de la réputation de plaire aux abeilles et de leur apporter une bonne protection thermique.
On notera que si le terme arnal qui est d'un usage très fréquent dans toute la province d'Aragon et en Catalogne pour désigner le rucher y compris quand les ruches sont verticales, le terme arna qui en découle naturellement ne semble appliqué qu'au ruches horizontales en vannerie du Haut-Aragon.

De fait l'apiculture traditionnelle de ce secteur est bien une apiculture de montagne, bien que les ruchers bâtis y soient, dans la quasi totalité des cas, des constructions à façade ouverte, quelle que soit l'altitude du site et la rigueur enregistrée du climat hivernal. Les ruchers se rencontrent aussi bien aux alentours des villages que dans la haute montagne dans les zones de pâturages des bergers.
Autour des villages ces ruchers sont de petites maisonnettes, adossées à la montagne ou à un talus. Ouvertes sur toute la longueur de la façade, elles contiennent le plus souvent 3 rangées de 6 ruches. La toiture était anciennement couvertes de lauzes. Sa longueur étant suffisante pour dépasser largement la partie avant des ruches et réduire au maximum la lumière qui pourrait pénétrer au-dessus de leur couche supérieure. Les ruchers disposent d'un espace intérieur à l'arrière des ruches d'une largeur au moins égale à la longueur des ruches. On y accède par une porte latérale.
Dans les zones de montagne où l'apiculture était l'apanage des bergers, ceux-ci utilisaient un bâtiment rucher à proximité de leur habitation permanente mais installaient des ruchers de fortune, des ruchers rupestres, dans les anfractuosité de rocher à proximité des lieux de pacage de leurs brebis. Ces ruchers très temporaires étaient conçus sur le même principe que ceux des villages : sous l'abri d'un rocher, quelques ruches horizontales étaient posées sur des barres de bois et recouvertes d'une protection de branchage.

Malgré son importance aussi bien en superficie qu'en quantité de vestiges reconnus, cette forme très particulière d'apiculture ne nous livre aucune indication sur ses origines ou son ancienneté. Cette zone remarquable par la sévérité de sa géographie a toujours été une région de refuge où les peuples menacés se sont établis, puis après quelques générations sont redescendus vers les plaines de l'Ebre pour fuir l'extrême pauvreté d'un pays incapable de nourrir de trop nombreux habitants. Le dernier de ces mouvements d'habitants est le départ, à la fin des années 1950 de tous les habitants des villages de montagne, emmenés autoritairement dans les villes industrialisées par les autorités du gouvernement franquiste et le repeuplement actuel suscité par le grand développement du tourisme de masse. Le cycle de ces occupations temporaires a été minutieusement étudié par les ethnologues. Ils savent que la périodicité est de l'ordre de 2 siècles et demi mais rien ne permet d'attribuer les traditions apicoles à tel ou tel occupant, ni même d'affirmer que la tradition a ou n'a pas résisté aux variations de la population.

Le seul indice qu'on puisse enregistrer est que l'arna est exactement fabriquée sur le modèle qui est encore en usage dans les vieilles exploitations du Magreb mais aussi en Asie Mineure. Posée sur des barres de bois à l'intérieur de l'abri, la ruche est toujours amovible. Cette disponibilité n'est pas justifiée par une quelconque pratique de la transhumance mais uniquement pour les besoins de l'exploitation, essentiellement de la récolte. Pour cette dernière les usages varient d'un point à un autre. Le plus souvent la corta, la récolte, se fait en découpant les brèches en gardant la ruche à l'intérieur du bâtiment rucher. Parfois la ruche est extraite par l'extérieur et l'opération se pratique devant le bâtiment sur un tréteau ou une grosse pierre. Dans tous les cas il s'agit bien de la coupe des rayons de cire qui sont extraits et emmenés dans la maison d'habitation pour qu'on en extraie le miel.

La quantité importante de ruchers reconnus aux alentours de villages tels que Lecina ou Formigales, correspond au développement de la tradition dans quelques villages spécifiques où chaque famille avait son rucher. Mais l'importance de ces ruchers était faible et le produit était pratiquement réservé à l'usage familial. Nulle part dans le secteur visité on ne rencontre de ruchers importants pouvant avoir été des ruchers de rapport. Le très faible développement des voies de communication jusque dans les années 1970, interdisait l'organisation d'un commerce systématique du miel ou de la cire. De petites quantités pouvaient être acheminées à dos d'âne jusqu'aux marchés d'important de Boltaña, Barbastro ou Graus, ce n'était que de petites productions d'appoint enregistrables dans le domaine du troc plutôt que du commerce. Au sujet des préoccupations habituelles des apiculteurs, récupération des essaims et facilités de récolte, on constate que la récupération se fait sans difficulté par le moyen de ruches pièges ou satellites posées à proximité des ruchers et enduites de mélanges savants réputés attrayants pour les abeilles. Quand à la récolte, elle se fait comme évoqué plus haut par l'ouverture de l'opercule antérieur des ruches et le plus souvent sans que la ruche sorte du bâtiment.

En revanche la pratique des ruchers à façade ouverte présente deux catégories d'inconvévients pour lesquels la tradition semble être restée très désarmée : la précarité de la protection thermique et la fragilité aux attaques des prédateurs. Dans les hautes montagnes d'Aragon la température hivernale est très rigoureuse. Les ruches traditionnelles étaient protégées en hiver par une couche de branchages (genévrier) faisant office d'isolant thermique. L'avènement des emballages plastiques a suscité une recrudescence des couvertures en sacs multicolores du meilleur effet visue , mais d'un faible efficacité.
La protection des ruches horizontales contre les prédateurs est faible voire nulle. Les insectes ne sont nullement empêchés de s'attaquer aux vanneries, les rongeurs peuvent profiter de l'isolement de la ruche pour ouvrir une brèche dans la paroi et dévorer le couvain ou le miel. Fouines, rats, blaireaux s'en prennent fréquemment à ces ruches et les détruisent. À partir de l'apparition de Varroa les apiculteurs traditionnels ont été totalement désarmés et beaucoup d'exploitation ont été définitivement arrêtées à ce moment.

Il faut seulement constater que le vaste secteur tel que nous l'avons défini est caractérisé par une apiculture qui n'est adaptée ni au climat ni aux conditions physiques du pays. Etrange anomalie dont il reste à trouver la clef.


Origine des fiches
Robert Chevet : RCH
Felix Rivas : FR