Secteur n° 11

Los Monegros

Note de synthèse

Avion

Galerie couverte (Avión)

Cachenco

Balsa de Cachenco

Casa de la cera

Maison de la cire à Castejón de Monegros

presse à cire

Presse à cire au musée de Castejón de Monegros

Puyol

Intérieur du rucher de Puyol

Cerrajero

Arnal de Cerrajero sous la neige

Le secteur des Monegros se caractérise par son homogénéité et l'originalité de ses traditions par apport à son environnement immédiat. L'usage de la ruche verticale de type vaso y est pratiquement exclusif et l'emploi des pierres de taille y est généralisé dans la construction des ruchers. Le massif des Monegros que ses voisins appellent volontiers, le désert des Monegros, se distingue par son aspect ingrat et apparemment désolé.
Isolé géographiquement, ce massif est resté à l'écart des influences qui ont pu modifier les usages des zones avoisinantes. Traditionnellement les maigres ressources y ont été le pastoralisme et l'apiculture et celle-ci semble avoir connu un usage généralisé dans la plupart des villages de regroupement des populations. Cette pratique dépassait largement l'usage domestique et visait à l'exploitation commerciale.
Les fiches présentées ici donnent une importance peut-être excessive à la commune de Castejón de Monegros mais l'abondance des vestiges qu'on y trouve semble représentative de l'ensemble du massif.

La première caractéristique est l'importance donnée aux constructions en pierre. 70% des ruchers sont à l'intérieur de grands enclos, protégés par des murs hauts de 2 à 3 m . La construction a été soignée; les murs sont le plus souvent montés avec des pierres taillées qui donnent à l'ensemble un aspect agréable et permettent aux bâtiments de résister à l'érosion pendant très longtemps; l'aménagement intérieur des enclos a été pourvu de galeries couvertes bien structurées. La présence de carrières qui donnent aisément des couches de pierres bien carrées, faciles à débiter, justifie largement cette abondance de constructions en pierres que l'on remarque dans toute la région.
Toutefois on notera que la hauteur des murs de ces enclos de 3 m (ou 10 pieds) généralement observée, peut se justifier par des soucis d'exploitation. De mémoire des habitants, la présence d'ours ou de loups dans la région remonte à des époques trop lointaines pour expliquer une précaution de cet ordre. La seule précaution de protéger les ruches des divagations des troupeaux ne justifiait pas non plus des hauteurs de 3 m. En revanche, .il parait vraisemblable que l'importance des enclos soit le résultat d'une préoccupation des apiculteurs de limiter les évasions d'essaims au printemps dans un périmètre contrôlable. De plus, le constat que la grande majorité des murs arrière aient été plus élevés que les murs latéraux, avec souvent le souci de leur donner un léger arrondi, s'explique par la précaution de créer un mouvement d'air chaud ascendant susceptible de faciliter l'envol des abeilles.
Bien qu'il soit très difficile de dater les ruchers construits, il semble, paradoxalement, que les constructions les plus importantes et les murs les plus hauts ne soient pas les plus anciens. Avión, Cortante ou Cerrajero qui n'ont vraisemblablement pas plus de 200 ans, sont plus grands, mieux bâtis et évidemment mieux conservés que Blaser. Ils sont aussi les plus éloignés du bourg.

Un deuxième point remarquable est la situation des ruchers par rapport au village : les ruchers sont très généralement situés dans des parages éloignés de 10 km des habitations et mal desservis par les vieilles pistes. L'exploitation des ruchers était nécessairement assurée par une population pratiquant l'élevage ovin et se déplaçant de manière constante.
Une autre particularité est la présence très fréquente de petits bâtiments de service dans 80% des enclos. D'une façon systématique ces maisonnettes comportent deux pièces, l'une consacrée à l'usage personnel de l'apiculteur et au rangement de son matériel, l'autre semble avoir été une miellerie plus ou moins sommaire, selon les usages de l'époque. Ceci conforte la remarque attribuant l'exploitation des ruches à une population vivant périodiquement hors des limites du bourg. Elle nous indique que les apiculteurs traitaient les rayons sur place au moment de la récolte. Elle est également confortée par l'existence dans le village d'une maison de la cire (et non pas du miel) qui était équipée d'un presse. Les apiculteurs, ne disposant que de leurs ânes comme moyen de transport, amenaient au village un produit semi-fini.
Cet outil collectif permettait à tous les exploitants du village d'obtenir des pains de cire qu'ils vendaient aux collecteurs dont les acheteurs devait se trouver à Saragosse, grand centre consommateur de luminaire avec des sanctuaires tels que celui de Nuestra Señora del Pilar.

Un certain nombre d'événements ou de phénomènes extérieurs à la région ont pu avoir une incidence sur l'évolution des usages apicoles locaux. Il est vraisemblable que l'âge d'or de l'Espagne, les XVI et XVIIe siècle, a permis la constitution locale de gremios, associations professionnelles capables d'organiser l'exploitation de l'apiculture, en amont comme en aval. La structure de ces groupements a pu coordonner et superviser la mise en oeuvre des premiers grands ruchers en pierre de taille et en généraliser la construction. De même les groupements professionnels ont pu provoquer l'installation d'une presse banale et contrôler la commercialisation de la production de miel et surtout de cire à l'époque où il y avait une forte demande.
Au XVIIIe siècle, la mauvaise situation économique de l'Espagne, jointe aux mesures de centralisation prises par le gouvernement des Bourbons, a provoqué une diminution de l'activité économique de l'apiculture. Au XIXe siècle, l'apparition des cires industrielles et le déclin relatif des manifestations religieuses ont provoqué la chute du marché de la cire. Au début du XXe siècle, le développement des techniques du mobilisme apicole ont eu un écho important sur les pratiques locales où s'est développé l'usage des grandes ruches à cadres (de 200 litres) , faciles à récolter mais impossibles à manipuler.
La mécanisation accélérée de l'agriculture dans les dernières années du XIXe siècle, a permis la mise en culture de grandes surfaces qui étaient autrefois dédiées exclusivement au pastoralisme. Des entreprises spécialisées pratiquent l'emblavage de vastes surfaces et produisent un blé qui a justifié la construction de grands silos. L'élevage des brebis a régressé d'autant et l'apiculture qui était liée à l'activité des pasteurs a également régressé. Plus récemment les grandes épidémies de loque américaine et surtout du varroa dans les années 1980 ont provoqué une nouvelle mutation. Beaucoup d'apiculteurs anciens ont abandonné les ruchers dévastés.
Actuellement la forte demande du marché du miel incite les apiculteurs à développer un mode d'exploitation favorable à cette production. Une nouvelle génération s'est installée pratiquant la transhumance avec des ruches Dadant d'un modèle standard facile à exploiter.

Ces réflexions sont autant de pistes à exploiter, en particulier avec la consultation des archives locales, pour situer les correspondances entre les événements extérieurs des murs de ces enclos et hl'évolution des constructions apicoles sur le terrain. Les connaissances qui pourront en être retirées auront valeur de comparaison pour les autres secteurs.


Origine des fiches
Robert Chevet : RCH
Felix Rivas : FR