Les ruchers hornos du secteur n° 5

Navarre-Rioja

Note de synthèse

Intérieur du rucher de la mine à Arnedo

Desojo

Desojo

Prejano

Poyales

Planche d'envol

Ce secteur s'étend sur une large bande de territoire de part et d'autre de la vallée de l'Ebre, un peu en aval de Logroño. Il concerne les provinces de Navarre et de la Rioja et reste très proche de celles de Soria et de Saragosse en Aragon.
Il est limité au nord par les prolongements des Pyrénées en Navarre, à l'ouest par les vallées profondes des rios Lesa et Iregua (sierra de Cameros), à l'est par le massif du Moncayo.
Ce secteur se caractérise par une dominante de vestiges de ruchers bâtis à façade fermée, composés de batteries de tubes horizontaux englobés dans des massifs de maçonnerie qui sont connus localement sous le nom de ruchers hornos.

La tradition populaire et quelques rares vestiges indiquent que la tradition locale faisait également un usage important des ruches verticales en vannerie principalement utilisées sur des banquettes naturelles variables selon les saisons. On les nommait peones ou piones.
Le principe de fonctionnement des ruchers horizontaux de ce secteur est toujours le même : la façade du rucher offre l'aspect d'un mur droit percé de trous d'entrée soulignés d'une planche d'envol. Les trous donnent aux abeilles un accès immédiat à l'intérieur de la ruche.
Les ruches longues de 95 à 110 cm, font partie intégrale du bâtiment et sont parfaitement inamovibles. À l'intérieur du bâtiment, leurs parties arrière offrent l'aspect d'un mur continu jalonné des disques des opercules. Entre ce mur et l'arrière du bâtiment, ou la paroi rocheuse si le rucher est appuyé à un talus, un couloir de circulation permet à l'apiculteur de surveiller le contenu des ruches. La largeur de ce couloir dépasse rarement un mètre, l'apiculteur n'a pas besoin de davantage d'espace pour retirer les brèches lors de la récolte. En revanche, quand la porte de l'espace intérieur est fermée, l'obscurité y est totale si le constructeur n'a pas prévu une petite fenêtre dans l'un des murs latéraux. On se trouve exactement dans le même schéma d'exploitation que dans les secteurs du Moncayo ou de Zuera.

Toutefois la conception des ruchers de ce secteur n'est pas homogène comme dans le secteur du Moncayo : on trouve bien des tubes obtenus par moulage à l'intérieur d'une construction massive en mortier de chaux, mais il y a également des ruchers obtenus par l'empilement de troncs d'arbres creusés enrobés dans un remplissage d'argile et cailloux ou dans d'autres cas des rayonnages serrés de ruches quadrangulaires séparés par de minces cloisons de mortier à la chaux. En outre, certains ruchers ont été construits en aménageant un abri sous-roche ou du moins l'avancée d'un rocher. La construction se limite alors à la construction d'une façade et d'un accès à l'intérieur.

Ces variantes et la présence dans un même site de méthodes différentes clairement différenciées dans leur date d'origine permettent de conclure à un certain archaïsme comme si la construction d'empilements avait précédé la méthode d'enrobage des tubes dans un massif de mortier, cette méthode ayant elle-même été remplacée par l'utilisation de petites cloisons minces, plus légères.
Les empilements de tubes dans des gangues de mortier forment une structure cellulaire résistante à l'érosion ce qui donne une grande longévité à leurs vestiges. La comparaison de clichés pris à plus d'un demi siècle d'intervalle montre qu'aucune modification des tubes existants n'est observable. Certains vestiges ne comportant que des groupes de tubes peuvent être plusieurs fois centenaires.

En revanche la nature essentiellement fragile des ruches en vannerie de type vasos qui étaient utilisées en transhumance n'a laissé pratiquement aucune trace, ce qui rend difficile l'évaluation de l'importance des usages horizontaux et verticaux. Les ruches verticales devaient jouer un rôle important dans la capture des essaims et le renouvellement des colonies à l'intérieur des ruchers horizontaux.

L'existence d'enclos autour de ces ruchers est assez rare et on ne rencontre que peu ou pas de cabanes d'apiculteur à proximité des ruchers. Ceci implique la pratique d'un transport au village des brèches extraites des ruches et d'un traitement de la récolte au domicile de l'apiculteur. En outre, la plupart des ruchers sont importants et ne correspondent pas à une consommation domestique. Il existait donc dans cette zone un commerce du miel et surtout de la cire. Celle-ci étant utilisée à l'éclairage , à la fabrication d'ex-votos et dans certaines zones à l'achat par l'armée pour l'imperméabilisation des vêtements de pluie (les cirés).
Dans la vllée du rio Cidacos, les apiculteurs pratiquaient la transhumance depuis des temps immémoriaux et emmenaient les ruches en altitude (plateaux entre 1500 et 1700 m) pendant les grosses chaleurs de l'été. Ces ruches étaient des ruches verticales en osier tressé avec un retrécissement à mi-hauteur pour favoriser la tenue pendant le chargement à dos de mulets. Les revenus de l'apiculture povenaient aussi de la vente des essaims en raison de l'excellente réputation de la race de l'abeille locale, la Valenciana, connue pour sa douceur et sa productivité.

Origine des fiches
Robert Chevet : RCH
Carlos Ezquerro : CEZ